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15 juillet 2026
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Zones commerciales : l’Etat met en route son programme de transformation des entrées de ville

Vingt-quatre millions d’euros financeront les premières études d’une politique d’urbanisme à soixante ans, consistant à remettre des logements, des lieux de culture et des espaces verts dans les périphéries des villes consacrées au commerce de masse.

Par Emeline Cazi

Les hangars de tôle et les parkings à perte de vue qui s’étalent à l’entrée des villes, ces fameuses zones périphériques si décriées mais vers lesquelles les Français accourent chaque week-end, sont des territoires d’avenir. Non qu’il faille encore les multiplier – elles sont déjà plus de 1 500 – ou les étendre davantage ; « la course au mètre carré est bel et bien terminée ». Mais, avec l’urgence climatique qui oblige à implanter logements, services et industries ailleurs que sur des terres agricoles, ces nappes de bitume, longtemps degré zéro de la pensée urbaine, peuvent devenir « un début de solution de l’aménagement du territoire de demain ».

C’est en ces termes que la ministre déléguée au commerce, Olivia Grégoire, a introduit, à Bercy, lundi 11 septembre, la présentation du plan de transformation des zones commerciales voulu par le gouvernement. A ses côtés, deux autres ministres – Christophe Béchu, à la transition écologique, et Patrice Vergriete, au logement –, signe que le sujet brasse large.

L’ambition formulée est grande : « agir », « anticiper la transformation à horizon des soixante prochaines années » de ces zones champignons qui ont accompagné l’essor de la consommation de masse et du tout-voiture, mais sont aujourd’hui jugées obsolètes. Dans certains cas, elles pourraient devenir de vrais quartiers de ville. Dans d’autres, après démantèlement de magasins, des espaces seraient rendus à la nature.

Une multitude de réalités

L’Etat a beau vouloir que les lignes bougent, encore faut-il que les maires et les propriétaires adhèrent. Les premiers ont la main sur l’urbanisme, les seconds, sur les murs et le chiffre d’affaires. Le sujet est aussi un « Himalaya de complexité », rappelait un préfet, lors d’un colloque, en février. Enfin, malgré leur apparence commune (des ronds-points, du bitume et des enseignes), ces zones recouvrent une multitude de réalités. Certaines se trouvent au milieu de nulle part, quand d’autres ont été rattrapées par la ville ; certaines sont prospères, d’autres périclitent. Le remède unique n’existe donc pas. D’où la soixantaine de personnes (juristes, sociologues, urbanistes, foncières, commerçants, élus) mobilisées pendant un an pour identifier les freins, imaginer des scénarios et susciter l’adhésion.

L’annonce d’une enveloppe de 24 millions d’euros, en 2023, pour financer les études d’une vingtaine de projets pilotes est un premier aboutissement de ce travail. Une dizaine de collectivités sont déjà candidates, dont Chartres, Clermont-Ferrand, Toulouse, Limoges, Barentin, en Seine-Maritime, ou Grasse, dans les Alpes-Maritimes. D’autres peuvent encore se manifester. Pour les villes dont le projet ne serait pas encore prêt, Bercy espère amplifier le programme en 2024, en faisant miroiter les milliards du « fonds vert » et du « fonds friches » – qui doivent financer aussi une infinité d’autres projets de la transition écologique. La saison 2 du programme Action cœur de ville, initialement destiné aux centres-bourgs, doit être dévolue également aux entrées de ville.

Le projet de loi « industrie verte », voté au cœur de l’été, a fait évoluer le droit dans ce sens. Ainsi, la « grande opération d’urbanisme » doit raccourcir les délais de procédure, assure le gouvernement. Autre point : dans le cadre d’un projet de transformation de zone commerciale, il sera possible de transférer les droits d’un ancien magasin sur le nouveau, alors que, jusqu’à présent, au-delà de 1 000 mètres carrés, il fallait obtenir une nouvelle autorisation.

Un dispositif particulièrement adapté pour les villes moyennes

Certaines villes n’ont pas attendu ce programme pour lancer le mouvement. Au Havre, l’ancien premier ministre Edouard Philippe, l’invité de marque, en visio, de cette matinée, travaille, non sans quelques difficultés, à installer une bibliothèque et un théâtre dans une galerie commerciale aux trois quarts vide. Si son projet avance, il « coûte cher », et l’élu ne serait pas contre une aide supplémentaire. Même son de cloche du côté de la métropole de Strasbourg, qui dit avoir quelques projets à soumettre.

Mais ce n’est peut-être pas tant pour les métropoles que pour les communes plus modestes, moins bien armées, que le dispositif prend tout son sens. En revanche, « attention à ne pas opposer zones commerciales et centres-villes », alerte Alain Chrétien, le vice-président délégué de l’Association des maires de France, qui craint qu’une politique n’en déshabille une autre, alors que sur un territoire les deux offres de commerce se complètent, assure-t-il. Par ailleurs, cet argent, ajoute-t-il, ne doit pas être l’occasion pour le privé de faire financer ce qui relève de ses obligations – rendre les locaux moins énergivores, par exemple.

Ce qui est certain, c’est que les grands du secteur se tiennent prêts. Antoine Grolin, le président de Ceetrus, la foncière commerciale du groupe Mulliez, voit « le potentiel incroyable » des 2 000 hectares dont il a la charge. Une vingtaine de sites sont d’ailleurs à l’étude, pour lesquels il imagine pouvoir créer 20 000 logements. « Dans ce moment particulier de l’histoire où la ville dense est contestée et la ville extensive, interdite », l’architecte et urbaniste François Leclercq voit dans ce mouvement un alignement de planètes qui permet « de revenir à ce qu’on a toujours fait – du logement à étages et des commerces en rez-de-chaussée – et de quitter cette idéologie du “zoning” qui a fabriqué des villes un peu bizarres ».

https://bib.schreuer.org/revue-de-presse-memoire/zones-commerciales-l-etat-met-en-route-son-programme-de-transformation-des.html
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