Bruxelles redoute un effondrement de la distribution dans les zones frontalières, les prix alimentaires étant nettement plus bas dans l’Hexagone.
Jean-Pierre Stroobants (Bruxelles, correspondant)
C’est la grande foule dans les supermarchés de Valenciennes, de Maubeuge et de Roubaix-Tourcoing actuellement, et elle a l’accent belge. On assiste à un « exode », affirme un spécialiste belge du marketing. Attirée de l’autre côté de la frontière par la baisse du prix des carburants, moins chers de 30 à 50 centimes au litre en moyenne depuis la nouvelle remise instaurée par le gouvernement, la clientèle d’outre-Quiévrain effectue désormais des achats massifs en grande surface en raison de l’explosion des prix dans son pays.
La Voix du Nord d’un côté de la frontière, Le Soir de l’autre ont comparé les prix et leur constat est semblable : s’approvisionner en France coûte (beaucoup) moins cher. Le quotidien lillois a rempli, en juillet, un chariot dans une grande surface du Nord et un autre, identique, à Mouscron, à un jet de pierre de la frontière. Sur 22 produits référencés, un seul (des carottes en vrac) était un peu moins cher du côté belge. Tout le reste – y compris la bière et les chocolats – y était beaucoup plus onéreux. Sur des laitages ou du Coca-Cola, la différence peut atteindre 50 %, et 100 % sur des tomates ou des rasoirs.
Plus petit
Le quotidien belge vient, lui, de comparer les prix en ligne d’une même marque (Carrefour). Pour 150 produits choisis, les Belges gagneraient 167 euros – sur un montant total de 781 euros – s’ils allaient s’approvisionner en France. Soit une différence de 21,48 %. Pour un chariot ramené à 30 produits de base, l’écart reste de 22 %. Pâtes (+ 55 %), riz (+ 22 %), yaourts (+ 33 %) et même… les frites (+ 27 %) : tout est moins cher dans l’Hexagone, hormis peut-être le savon liquide, un pot de pâte à tartiner Nutella et, toujours, les carottes.
Marché plus petit, guerre des prix moins féroce entre distributeurs, taux de TVA et coût salarial plus élevés, marge de négociation plus étroite avec les grandes marques : la différence a, bien sûr, des explications. L’affaire commence toutefois à inquiéter les autorités, qui réclament une enquête à l’observatoire des prix et redoutent un effondrement du secteur de la distribution dans les zones frontalières. La fédération du commerce Comeos exige des mesures urgentes.
Le ministère de l’économie estime, lui, que ce n’est pas la situation belge qui est atypique, mais celle de la France. Aux Pays-Bas et en Allemagne, relève-t-il, le prix des aliments a augmenté d’une manière comparable, voire supérieure, à celle de la Belgique.
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Confronté à un taux d’inflation de près de 10 % et à une facture de gaz et d’électricité dont on estime, désormais, qu’elle pourrait atteindre 10 000 euros par an pour un ménage moyen, le consommateur belge reste aussi sourd à ces propos qu’à ceux des distributeurs qui multiplient les publicités sur le thème du prix le moins cher dans leurs enseignes. Pas de doute pour lui : pour faire ses courses actuellement, c’est direction la France.