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28 juillet 2026
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Le « village » Auderghem au défi du vide laissé par son viaduc

La requalification de la E411 en boulevard urbain et la répartition des projets contenus dans le PAD Delta-Herrmann-Debroux suscitent leur lot de craintes, mais aussi d’attentes enthousiastes.

Arthur Sente (Journaliste au service Société)

Ce n’est pas un concert d’Angèle, mais ça y ressemblerait presque au regard de la file qui s’étale ce mardi soir devant le centre culturel d’Auderghem. A l’intérieur, la salle qui accueille les citoyens venus débattre du plan d’aménagement directeur (PAD) Delta-Herrmann-Debroux avec ses concepteurs, à savoir le bureau régional d’aménagement du territoire perspective.brussels, est comble. Preuve que le sujet intéresse.

L’enjeu est de taille : pour rappel, les PAD occupent le haut de la pyramide des textes réglementaires en matière d’urbanisme, puisqu’ils ont le pouvoir d’abroger les dispositions réglementaires qui leur sont contraires. Et les ambitions de celui relatif au périmètre correspondant à l’entrée de l’E411 dans Bruxelles, approuvé en mai dernier par le précédent gouvernement régional, ne sont pas des plus modestes : le document n’acte rien d’autre que la destruction à long terme du viaduc Herrmann-Debroux, long de 950 mètres.

Sa mise à terre doit ainsi constituer une étape cruciale en vue de la requalification de la E411 en boulevard urbain de 2x2 bandes, du carrefour Léonard au parking Delta. Mais le texte dessine également les contours de nouveaux quartiers mixtes comportant des logements et des bureaux, notamment au niveau de l’actuelle friche du « triangle Delta » et du site Carrefour, à hauteur de Demey. La construction d’un parking de dissuasion souterrain (de 800 à 1.500 places) au niveau de l’Adeps et la prolongation de l’actuelle ligne de tram 8 jusqu’à ce point constituent d’autres lignes de force du document. Fin théorique des travaux ? « Une grosse douzaine d’années » à partir du lancement des études, selon perspective.brussels, qui garantit également qu’aucune expropriation ne sera nécessaire pour la mise en place de ce plan.

Craintes multiple

Si les contours du projet laissent bel et bien une place accrue aux mobilités collectives (avec le déploiement de sites propres) et douces, une partie des Auderghemois craignent visiblement que les plans du PAD ne finissent malgré tout par nuire à la circulation dans les quartiers environnant l’actuel tracé de la E411, tout en ramenant les nuisances au niveau du sol. « Ça sera l’enfer, non seulement pour les Auderghemois mais aussi pour les gens qui vivent au niveau des entrées alternatives de Bruxelles », prédit en amont de la séance Philippe Couchard, citoyen actif du quartier Pinoy, pour qui la réduction des bandes et la mise en place de nouveaux carrefours vont engendrer des files, surtout en l’absence de pistes structurelles pour enrayer le trafic entrant dans Bruxelles. « Et d’après ce que je comprends, les deux autres Régions ont envoyé bouler Bruxelles avec son idée de taxe kilométrique. »

« La ville grandit, le nombre de navetteur ne va pas diminuer. Tant que nous n’avons pas de RER performant, nous n’arriverons jamais à endiguer le flot de véhicules arrivant à Bruxelles » constate un autre citoyen présent à la séance, qualifiant le projet de « beau mais utopique ».

« C’est clair, ce plan suppose des solutions de mobilité à l’échelle métropolitaines », rétorque Tom Sanders, pour perspective.brussels, mettant l’emphase sur la nécessité de réduire drastiquement les flux entrants. « Est-ce que ça veut dire que tant que ce n’est pas là, la Région bruxelloise ne peut pas définir ce qu’elle veut pour ses quartiers et définir des plans concrets ? » Réaction chahutée de la salle.

Une répartition inégale ?

La répartition des projets de réaménagement sur le périmètre délimité soulève aussi son lot de frustrations. « Au nord du viaduc, ils vont faire une série d’espaces très agréables et qualitatifs. Au sud, là où c’est déjà urbanisé, on ne va rien faire », soutient Olivier Fourneau, chargé de suivre le dossier pour Inter-Environnement Bruxelles, fédération des comités de quartier bruxellois. C’est principalement la construction d’une nouvelle place piétonne (5.000 m2) en bordure de l’actuel site Carrefour qui fâche certains riverains sondés, qui ont l’impression qu’on offre surtout une belle plus-value aux futurs développeurs du site.

Un brin agacé par de telles critiques, le bourgmestre d’Auderghem (et ex-ministre) Didier Gosuin (Défi) rétorque quant à lui : « Les urbanistes ont expliqué que c’était le choix le plus qualitatif », nous dit-il avant la rencontre. Et l’élu local de rappeler que les habitants du quartier Pinoy (au sud de l’axe, au niveau de Demey) y gagneront, puisqu’ils sont jusqu’à présent coupés du côté nord de la E411.

Reste encore que les avis, dans la salle, sont loin d’être tous gris. « On ne peut qu’encourager ce projet, il faut penser aux générations futures », met en balance un riverain et membre du comité de l’Amitié, basé dans le quartier Triomphe, récoltant une salve honorable d’applaudissements au terme de son intervention.


La saison des PAD met les associations à rude épreuve

Avec pas moins de 1.800 pages d’étude d’incidences, le PAD Delta-Herrmann-Debroux est l’un des plus fournis à l’heure actuelle. Pas facile à suivre pour les associations chargées d’étudier son contenu, d’autant que la saison des enquêtes publiques bat son plein. Actuellement, trois autres PAD (Loi, Heyvaert et Josaphat) sont sur la table. Pour Olivier Fourneau d’Inter-Environnement Bruxelles, cela devient tout simplement impossible à suivre pour la société civile. « On parle de plans surpuissants qui peuvent abroger toutes les prescriptions urbanistiques existantes », soutient ce dernier. Selon lui, les conséquences démocratiques sont d’autant plus lourdes « qu’avec les PAD, il n’y a plus de commission de concertation. Maintenant, on ne peut plus que s’exprimer par boîte aux lettres. Il n’y a plus d’endroit où les citoyens peuvent se rencontrer et faire entendre leur voix. »

https://bib.schreuer.org/revue-de-presse-memoire/le-village-auderghem-au-defi-du-vide-laisse-par-son-viaduc.html
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