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20 juillet 2026
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Tribune

« La sobriété en sols est un moyen d’amorcer une transition plus globale de nos territoires »

Si le dispositif « Zéro artificialisation nette », qui vise à préserver la biodiversité, est un casse-tête pour les élus locaux, il est cependant en train de transformer nos perceptions et nos pratiques de la « fabrique de la ville » se félicite, dans une tribune au « Monde », l’urbaniste Sylvain Grisot.

La ZAN négocie son atterrissage dans les territoires, et c’est compliqué. La ZAN, c’est le petit nom de la « Zéro artificialisation nette », introduite par la loi Climat et résilience dans le Code de l’urbanisme il y a un peu plus d’un an. En ce moment, elle occupe les jours et hante les nuits des élus locaux et des professionnels de la fabrique de la ville.

Car oui, la ZAN pose plusieurs problèmes. Le « Zéro » d’abord. Le dispositif parie sur la collaboration des acteurs locaux pour se partager intelligemment un effort de division par deux des surfaces consommées pour agrandir nos villes. Autant le dire franchement, rien n’est gagné.

Certains territoires ont créé ces dernières années de vraies pratiques de collaboration, et font en ce moment même ce difficile exercice de négociation. Mais d’autres vont appliquer la théorie du ruissellement à la planification urbaine, et décliner de façon absurde le taux de – 50 % à une échelle communale qui n’a plus de rapport avec les enjeux urbains contemporains. Mais le A, pour « artificialisation », pose aussi problème.

Où et comment faire la ville ?

Non seulement le terme est imprononçable – les débats parlementaires l’ont bien démontré –, mais la loi et ses décrets ne nous ont toujours pas permis de comprendre ce qu’il veut vraiment dire. Dans les esprits deux questions sont mêlées de façon confuse. D’un côté, « Où faire la ville ? », associé à la consommation d’espaces agricoles ou naturels pour aménager de nouveaux espaces urbains, au foncier, au temps long, et aux documents de planification.

De l’autre, « Comment faire la ville ? », lié aux sols, à leurs fonctions écosystémiques, le temps court et l’urbanisme opérationnel. La controverse va encore durer avant que nous partagions une même vision et que nous arrivions à écrire des textes qui font consensus, et c’est heureux : nous n’avions pas eu de débats aussi riches sur la fabrique de la ville depuis deux bonnes décennies.

Reste le « nette », avec l’idée que l’artificialisation des sols pourrait se compenser, mais sans que nous ne sachions encore vraiment comment. Cela fait beaucoup de problèmes pour un acronyme à trois lettres, mais s’il n’y avait que cela, ce ne serait pas si grave. Car en ciblant l’artificialisation des sols, la loi s’est trompée de cible : ce « Zéro artificialisation » n’est que le symptôme d’un mal beaucoup plus profond.

Depuis un demi-siècle, les sols agricoles sont devenus la matière première d’un modèle de développement urbain dans l’impasse, fondé sur la monoculture automobile, la séparation des fonctions et une poignée de produits immobiliers standardisés.

La fabrique de la ville est droguée au sol agricole comme notre économie l’est aux énergies carbonées, et le sevrage est difficile. Alors oui, c’est compliqué, partout, mais ça avance. Et c’est bien cela la vraie surprise, la ZAN avec tous ses défauts est en train de transformer en profondeur nos perceptions et nos pratiques.

Il a fallu les « gilets jaunes », une pandémie mondiale, un été suffocant, une loi contraignante et une dose de management par le chiffre pour y arriver, mais c’est déjà une vraie réussite.
Partout en France on débat sur la fabrique de la ville et ses transitions, et des collectivités s’engagent dans la sobriété foncière en regardant leur territoire urbanisé d’un autre œil pour y trouver les solutions à leurs besoins de développement.

La recherche d’alternatives concrètes à l’étalement urbain

Les faiseurs de villes de tout poil s’engagent dans le recyclage de friches, transforment des bâtiments obsolètes, construisent de nouvelles maisons dans des lotissements vieillissants et réinvestissent les centres-villes. Alors cela va sans doute trop vite pour certains, mais les crises ne les attendent pas. Des territoires ne pensent déjà plus leur avenir à coups de croissance vécue ou rêvée, mais en fonction des chocs et des pénuries qui les percutent déjà.

Ralentir le rythme serait insultant pour ces élus locaux et ces professionnels qui se retroussent les manches et déploient les alternatives concrètes à l’étalement urbain. La sobriété en sols n’est pas une fin en soi, mais un moyen d’amorcer une transition plus globale de nos territoires, et d’assurer leur résilience dans les turbulences qui pointent à peine leur nez.

Alors oui, laissons plus de temps aux débats pour permettre la nécessaire prise de conscience des élus, professionnels et citoyens, mais accélérons le passage à l’acte. Car partout des élus locaux font et doutent. Ils doutent comme d’autres, mais affrontent la complexité et font. Ce sont eux qui tissent nos territoires habitables du milieu du siècle. Alors soutenons-les.

Sylvain Grisot est urbaniste fondateur de Dixit.net. Auteur du Manifeste pour un urbanisme circulaire, et coauteur de Réparons la ville !, aux éditions Apogée.

https://bib.schreuer.org/revue-de-presse-memoire/la-sobriete-en-sols-est-un-moyen-d-amorcer-une-transition-plus-globale-de-nos.html
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