Bibliotheca francescana

Pages personnelles

16 juillet 2026
Accueil  > Revue de presse mémoire  > L’Ile-de-France n’a jamais aussi peu (…)
Urbanisme

L’Ile-de-France n’a jamais aussi peu artificialisé ses sols

Entre 2021 et 2025, 554 hectares d’espaces naturels, agricoles et forestiers ont été consommés en moyenne par an. Un chiffre historiquement bas.

Par Emeline Cazi

Jamais, depuis le début des années 1980, aussi peu d’hectares d’espaces naturels, agricoles et forestiers (les ENAF) n’auront été consommés en Ile-de-France : 554 hectares en moyenne par an entre 2021 et 2025. Le chiffre est historiquement bas, atteste une note de l’Institut Paris Region (IPR), l’agence d’urbanisme et d’environnement francilienne, publiée le jeudi 29 janvier. C’est 34 % de moins que la période 2017-2021.

Si on rapporte ces chiffres à la décennie 2012-2021, soit peu ou prou la période de référence fixée par la loi Climat et résilience (2021), qui vise le zéro artificialisation nette (ZAN) d’ici à 2050, la baisse est de 28 %. Et même de 39 %, en retirant les projets d’envergure nationale (la liaison Roissy-Picardie, le métro du Grand Paris, les prisons…). Avec cette dynamique, l’Ile-de-France « s’ancre dans sa trajectoire ZAN », titrent les auteurs de l’étude, les urbanistes Jean Bénet et Damien Delaville, et la directrice du département Data à l’IPR, Laurie Gobled. La région ayant fait le choix, comme la loi le lui permet, d’inscrire une trajectoire qui lui est propre dans son nouveau document de planification, le Sdrif-E, adopté en 2025.

Ce premier grand enseignement est issu du dernier millésime du mode d’occupation du sol, le MOS, un outil unique dont la région capitale est la seule dotée. Depuis 1982, l’agence d’urbanisme prend tous les quatre ans une photo − celle-ci date du printemps 2025 − qui documente la manière dont est utilisé l’espace francilien. La parcelle est-elle boisée, urbanisée, en friche, des logements y sont-ils construits, de quel type, est-elle traversée par le train, une autoroute ?

La construction neuve atone

Ce travail précieux − les autres territoires ont tout au plus deux décennies de recul − permet de comprendre et de mesurer la politique d’aménagement de la première région économique d’Europe, là où 18 % de la population française vit, et où le grignotage foncier ne représente plus qu’entre 4 % et 5 % de la consommation nationale. « L’Ile-de-France est quatre fois plus économe que les autres régions », expliquent les urbanistes.

La crise sanitaire due au Covid-19, qui a ralenti les chantiers et a contraint à revoir des programmes trop gourmands en bureaux, ainsi que la construction neuve atone depuis trois ans pourraient en partie expliquer cette diminution de l’étalement urbain. En réalité, celle-ci s’inscrit dans la durée. L’artificialisation des sols dans le bassin parisien a atteint son pic à la fin des années 1980, début des années 1990.

C’était l’époque des villes nouvelles, le début du chantier de Disney, la construction de rocades autoroutières, de l’A5, de nouveaux terminaux à l’aéroport de Roissy. La consommation a ensuite été divisée par quatre en deux décennies, pour continuer à décroître aujourd’hui, avec toujours ce souci d’urbaniser en priorité le long des lignes de transport. La mutation accélérée dans les 68 quartiers de gare du Grand Paris Express et la densification le long des lignes 6 et 9 du tram participent de ce principe.

En Ile-de-France, la grande partie de la production de logements continue de se faire en renouvellement urbain, c’est-à-dire sur d’anciens espaces d’activité, des friches, des espaces déjà utilisés. Mais c’est la première fois que la surface consacrée à l’habitat collectif croît de manière plus importante que celle dévolue à l’individuel. En petite couronne, les immeubles, nombreux, ont remplacé les maisons ; un mouvement poussé parfois à outrance par la promotion que certains élus commencent à freiner. En grande couronne, l’habitat individuel augmente toujours, mais la densification est plus douce.

Là où, ailleurs en France, c’est d’abord l’habitat qui s’étale encore dans les champs, l’extension francilienne est désormais avant tout liée aux activités économiques. Celles-ci représentent 20 % de l’espace consommé. Ce nouveau MOS montre un nombre accru de plateformes de tri et recyclage, ainsi que l’essor des emprises consacrées à la production d’énergies renouvelables. Entre 2017 et 2023, les méthaniseurs sont passés de 7 à 47 unités. Ces données, disponibles très prochainement en open data et, d’ores et déjà, dans une version simplifiée, par commune, permettront aux exécutifs élus en mars d’y voir clair pour continuer à mettre le ZAN à l’œuvre dans leurs documents d’urbanisme.

https://bib.schreuer.org/revue-de-presse-memoire/l-ile-de-france-n-a-jamais-aussi-peu-artificialise-ses-sols.html
CCCQ Liège
Dernière mise à jour du site : 28 juillet 2026 | Administration du site |