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16 juillet 2026
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EuropaCity, un mégacomplexe qui était sur la corde raide

Le gouvernement a confirmé le coup d’arrêt au projet, mais ne renonce pas à urbaniser le Triangle de Gonesse.

Par Grégoire Allix

Le projet EuropaCity apparaît plus fragile que jamais, sans que ses opposants puissent encore sabler le jus de carotte. Le premier ministre et le chef de l’Etat ont chargé la ministre de la transition écologique et solidaire, Elisabeth Borne, de leur fournir promptement un avis éclairé sur l’avenir à donner à ce mégacomplexe de commerces et de divertissements, que la branche d’immobilier commercial du groupe Auchan, Ceetrus, et le conglomérat chinois Wanda souhaitent construire sur 80 hectares de cultures céréalières à Gonesse (Val-d’Oise), à 15 kilomètres au nord de Paris.

Jeudi 26 septembre, Mme Borne devait recevoir séparément le président de Ceetrus, Vianney Mulliez, et les représentants des associations qui bataillent contre le projet et défendent un programme alternatif de maraîchage biologique. Le 18 septembre, la ministre avait auditionné les élus locaux, la présidente de la région Ile-de-France, Valérie Pécresse, ainsi que le préfet de région Michel Cadot et Thierry Lajoie, le PDG de Grand Paris Aménagement, l’établissement public chargé d’urbaniser pour l’Etat la zone d’aménagement concerté (ZAC) du Triangle de Gonesse, ces 280 hectares de champs situés entre les aéroports de Roissy et du Bourget, dont EuropaCity constitue la pièce maîtresse et la locomotive.

Confronté à une vive opposition, ce projet est embourbé dans une interminable guérilla judiciaire. Erigé par ses adversaires en symbole de l’artificialisation des terres agricoles au profit de grands projets inutiles, il est surtout devenu politiquement compliqué à assumer pour l’exécutif, alors qu’Emmanuel Macron veut placer la suite de son quinquennat sous le signe de l’urgence écologique. « Le gouvernement a un problème d’image et de communication politique lié au fait qu’il n’assume pas son opération d’aménagement », regrette David Lebon, le directeur du développement d’EuropaCity.

Les promoteurs l’assurent : il est trop tôt pour enterrer EuropaCity. Ils sont sur le point d’annoncer des évolutions importantes concernant la protection de la nature et la biodiversité, qu’ils ont présentées à Mme Borne. Assez pour sauver le projet ? Ces dernières années, déjà, le plan urbain a été amélioré, les exigences environnementales renforcées, la piste de ski artificielle abandonnée… Pas suffisant pour apaiser les opposants, qui y voient, non pas le concentré d’innovation promis par ses concepteurs, mais un avatar de l’urbanisme du siècle dernier, mêlant gigantisme commercial de périphérie et industrialisation des loisirs.

Dans ce contexte, la grande consultation lancée par Mme Borne pourrait surtout servir, selon plusieurs sources, à habiller la décision de porter un coup d’arrêt au projet. Le gouvernement est aujourd’hui tenu de faire un choix, quitte à rejeter brutalement un investissement privé de plus de 3 milliards d’euros, qui bénéficiait depuis 2011 de la bénédiction des services de l’Etat. EuropaCity est censé ouvrir en 2027, en même temps que la gare de la future ligne 17 du Grand Paris Express, qui desservirait le complexe. Pour respecter cette échéance, c’est maintenant que l’Etat et les promoteurs du projet doivent formaliser des contrats, au risque, pour l’exécutif, d’afficher un soutien explicite à EuropaCity, ce dont il s’est bien gardé jusqu’ici.

Cascade de questions

« Le gouvernement a le choix entre soit annoncer clairement l’abandon d’EuropaCity, soit mettre le dossier sur pause et reporter la décision, en abandonnant au passage l’échéance de 2027 », analyse une bonne source. La seconde solution éviterait à la majorité de s’exposer sur ce dossier avant les élections municipales de mars 2020, tout en laissant à Ceetrus l’espoir de voir son projet se réaliser un jour. La première option aurait l’avantage de contribuer à mettre en scène le virage « vert » du quinquennat, mais ouvre une cascade de questions.

Car si EuropaCity est sur la sellette, le gouvernement ne semble pas prêt à donner raison aux associations et à remettre en cause l’urbanisation du Triangle de Gonesse, programmée par l’Etat et la région Ile-de-France depuis près de trente ans. Abandonner EuropaCity implique donc de rechercher un autre projet structurant, plus conforme aux enjeux du XXIe siècle. « Nous tuer, c’est de fait remettre en cause l’aménagement du Triangle car, sans nous, la ZAC sera difficile à financer », avertit David Lebon. Selon des connaisseurs du dossier, les services de l’Etat sont déjà mobilisés pour identifier un projet alternatif, mais cela pourrait prendre des années.

Ce retour à la case départ pose aussi la question de la ligne 17 du Grand Paris Express. De nombreux experts, y compris au sein du ministère des transports, ont toujours considéré cette ligne comme une hérésie en raison de ses faibles prévisions de trafic. Or EuropaCity, avec ses 31 millions de visiteurs annuels attendus, comptait pour une large part des passagers escomptés. A quoi bon ouvrir la ligne et la gare en 2027, en plein champ ?

« Nous voulons obtenir le report de la construction de la gare : si elle se fait, le territoire finira par être urbanisé, or nous voulons que la totalité du Triangle soit orientée vers un projet de maraîchage, en commençant par les parcelles déjà expropriées », plaide Bernard Loup, le président du Collectif pour le Triangle de Gonesse. Les militants organisent une marche de Gonesse à Matignon les 4 et 5 octobre contre l’ouverture imminente du chantier de la gare, leur nouvelle cible après EuropaCity.

https://bib.schreuer.org/revue-de-presse-memoire/europacity-un-megacomplexe-qui-etait-sur-la-corde-raide.html
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