Jean-Christophe Willems
Un centre commercial, c’est un lieu qui se développe, qui vit et parfois, qui meurt. Prenons l’exemple de la galerie Horta. La galerie quoi ? Horta, du nom du célèbre architecte qui l’a créée en même temps que la gare de Bruxelles-Central. Rien d’anormal de ne pas connaître cette cathédrale souterraine puisque les rares passants qui l’empruntent le font d’un pas pressé de peur de rater leur train.
Cette galerie, qui relie donc la gare à la place d’Espagne, et située à deux pas de la Grand Place, a pourtant été rénovée à grands frais en 2008. Une vingtaine de commerces s’y sont installés mais quelques années plus tard, il ne reste que le MOOF Museum, le musée de la BD en 3D. Toutes les autres vitrines sont vides et les surfaces commerciales abandonnées. Les magnifiques escalators en bois ne fonctionnent plus, tout comme les ascenseurs, ce qui empêche même le simple passage des personnes à mobilité réduite. Un gâchis qui n’est hélas pas le seul de ce type.
L’exemple liégeois
A Liège, dans un périmètre de 300 mètres, trois galeries commerçantes se côtoient dans le centre-ville. La plus ancienne est en fait un passage couvert, le premier de Belgique puisqu’il a été construit entre 1836 et 1838. Le Passage Lemonnier abrite une quarantaine de commerces, plutôt haut de gamme, et attire une clientèle différente de celle fréquentant les rues commerçantes. Après avoir connu des heures sombres, il continue son petit bonhomme de chemin, sans faire de vague mais sans attirer la grande foule non plus.
Les Galeries Saint Lambert, en face de la place du même nom, sont l’exemple type d’une réussite architecturale et commerciale. Une bonne situation géographique, de grandes baies vitrées apportant beaucoup de lumière, une bonne hauteur sous plafond pour répondre aux besoins des commerçants et une locomotive commerciale, le Media Markt, qui attire de nombreux chalands. Rien à voir avec la Galerie Opéra, sa voisine.
Inaugurée en 1981, cette galerie est un lieu incontournable jusqu’au début des années 2000 et la fermeture par le groupe Kinépolis du cinéma qu’elle abritait à l’étage. Rapidement désertée, elle s’est aussi vidée de ses commerces alors que sa situation est excellente, à deux pas de l’opéra. Depuis l’an dernier, elle est presque uniquement fréquentée par les étudiants de l’Université de Liège qui suivent des cours dans les anciennes salles de cinéma, reconverties en auditoires.
Quant à la galerie Mediacité de Liège, son investisseur souhaite la vendre. Et cela même si elle ne connaît aucun problème de fréquentation puisqu’elle avoisine les 8 millions de visiteurs par an. Mediacité nous a également signalé que le 1er étage était maintenant loué à 75%.
30 ans et déjà vieux
Selon Guénaël Devillet, directeur du SEGEFA (Service d’Etude en Géographie Economique Fondamentale et Appliquée), bon nombre d’anciennes galeries risquent de subir le même sort si on ne les modernise pas. Selon lui, celles qui datent des années quatre-vingt ne correspondent plus aux normes. Mal éclairées, labyrinthiques, exigües et à la décoration vieillotte, ces galeries n’attirent plus. Surtout quand leurs accès sont très mal signalés, comme c’est le cas pour cette Galerie Opéra, mais aussi la galerie Louise de Bruxelles, qui se vide petit à petit. Et notre spécialiste d’ajouter "Un centre commercial a besoin d’investissements tous les dix ou quinze ans, sinon il périclite".
Et à voir l’état de certains centres commerciaux qu’on a visités, il semblerait que de fait, on a oublié d’y investir.