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20 juillet 2026
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Comment les centres commerciaux veulent assurer leur prospérité

Malgré les défis, les centres commerciaux n’ont pas bu la tasse au fil des dernières années. Ils sont même en forme olympique : taux de vide locatif très bas, de fréquentation très hauts… La recette de ce succès tient à une poignée d’ingrédients appréciés des consommateurs et des commerçants. Mais pour assurer sa bonne forme future, le secteur ne manque pas de projets d’avenir, tant sur le fond que sur la forme.

Par Julien Bialas et Julien Bosseler

Chapitre 1 Pour garder la forme, les centres commerciaux soigneront leurs innovations

Avec une fréquentation en hausse et un vide locatif en baisse, les grands complexes de magasins semblent se jouer des aléas économiques du commerce physique de ces dernières années. Mais ces temples de la conso sont priés d’innover pour entretenir la ferveur de leurs millions de fidèles.

Les vagues de fermetures imposées par l’Etat durant la crise du covid, l’inflation au sortir de la pandémie, la crise du pouvoir d’achat, la concurrence brutale des grandes plateformes de commerce en ligne… Tous les astres étaient alignés pour que les centres commerciaux boivent la tasse au fil des dernières années. Pourtant, force est de constater leur forme (presque) olympique. En témoignent leurs chiffres très bas de vide locatif (moins de 5 %) et très hauts de fréquentation (des dizaines de millions de visites annuelles cumulées), donnant des ailes aux professionnels du secteur. « C’est avec plaisir qu’on peut le dire : pour les centres commerciaux belges, ça marche très bien », se réjouit ainsi Dogan Delmoitié, associé chez Cushman & Wakefield, numéro un en Belgique du conseil en immobilier commercial. « Nos chiffres de fréquentation ont dépassé ceux de la période pré-covid », sourit, quant à lui, Luc Plasman, secrétaire général du BLSC (Belgian Luxembourg Council for retail and shopping Centres) qui fédère les grands acteurs du secteur.

Les ingrédients du succès

La recette de ce succès tient à une poignée d’ingrédients appréciés des consommateurs et des commerçants : un cocktail de magasins très variés sous le même toit, des galeries agréables, propres, sécurisées et protégées des aléas météorologiques, des points de restauration pratiques entre deux courses, un accès aisé en transports en commun ou en voiture avec du parking abondant et même des possibilités de loisirs (jeux, sports, animations culturelles) en plus du lèche-vitrine. Le tout coordonné par un seul et même gestionnaire.

Pour autant, tout n’est pas rose dans l’univers douillet des centres commerciaux, à commencer par un relatif immobilisme et une certaine lenteur à l’innovation et au rafraîchissement par endroits. Pourtant, des rénovations marquantes se sont succédé ces derniers mois. Et le secteur ne manque pas de projets d’avenir, tant sur le fond que sur la forme. Maintenir l’envie des Belges de s’y rendre souvent et longtemps pour consommer un maximum est à ce prix.

Chapitre 2 Un avenir sous le signe du service et des loisirs

Dès aujourd’hui et davantage demain, nos centres commerciaux s’acheminent vers de véritables pôles de vie tournés vers les loisirs, la santé et la durabilité, tout en renforçant les ponts avec le digital. Un futur dont les spécialistes du secteur dressent un portrait enthousiasmant.

Le monde du commerce évolue sans cesse pour coller aux aspirations des consommateurs. Pour les centres commerciaux de taille, une foule de changements se matérialisent déjà et s’étendront durant les dix à vingt prochaines années.

Des rénovations plutôt que des créations

Broeklin Brussels (Uplace) dans le Brabant flamand, Neo sur le plateau du Heysel et le Côté Verre (Besix) à Namur. La Belgique ne compte que trois projets de grands centres commerciaux. Le futur du secteur n’appartient donc pas à la multiplication de ceux-ci. Car, comme le rappelle Els Breugelmans, professeure de marketing à la KU Leuven, « il y a assez de commerces physiques en Belgique. Nous n’en avons pas besoin de plus. Nous devons utiliser les mètres carrés existants avec sagesse ». Les pouvoirs publics sont d’ailleurs frileux à l’idée d’accorder des permis à de nouveaux grands centres – Broeklin a dû attendre 18 ans pour recevoir le feu vert de la Région flamande. En conséquence, c’est plutôt la rénovation et l’extension des complexes existants qui serviront de leviers de croissance dans un secteur mature mais en besoin de rafraîchissement régulier, à savoir toutes les 20 à 25 ans.

La taille comptera encore plus

Les gros centres commerciaux (au moins 20.000 m2 et 100 cellules commerciales), à l’intérieur et aux abords des villes, tirent aujourd’hui leur épingle du jeu. A contrario, les plus petits complexes, excentrés, au milieu de nulle part, ont tendance à moins bien s’en sortir. Ce clivage devrait s’accentuer dans le futur. « Les grandes chaînes de magasins se focalisent sur les meilleures zones, les grandes villes et les complexes commerciaux d’une certaine taille », assure ainsi Sam Perneel, en charge du portefeuille retail chez AG Real Estate. Et tout porte à croire que cette tendance se renforcera dans les années à venir.

Plus beaux et plus aérés

Des lieux agréables, modernes, végétalisés, lumineux, où il est aisé de circuler et de se poser. Ces caractéristiques d’aménagement d’intérieur marquent les projets de rénovation récents, tels que celui du Westland à Anderlecht. Ces lignes directrices s’appliqueront et se renforceront dans les années à venir pour continuer à donner envie aux consommateurs de se rendre dans les centres commerciaux, le plus souvent et les plus nombreux possible. Et d’y prolonger leur visite avec, à la clé, davantage de passages en caisse.

« On voit déjà et on verra davantage de verdure, ainsi que plus de lieux de partage et propices à des pauses », acquiesce Sébastien Vander Steene, en charge du retail chez CBRE, insistant, tant pour le présent que pour l’avenir proche, sur la nécessité d’« une vraie expérience qualitative » lors d’une balade dans un centre commercial. Le versant architectural de cette expérience reflétera l’identité de chaque complexe, ajoute Sam Perneel, tout en mettant également l’accent sur l’optimisation des flux de visiteurs, « par exemple avec l’installation d’escalators et d’ascenseurs – de quoi inciter la clientèle à effectuer l’intégralité du parcours du shopping – et avec le remodelage des zones de repos avec des bancs dans des espaces naturellement propices à la pause ». Pour doper la convivialité « et vu l’évolution de notre climat, peut-être que l’extérieur des centres deviendra de plus en plus important », complète Luc Plasman, secrétaire général du Belgian Luxembourg Council for retail and shopping Centres (BLSC). « Dans les années à venir, les complexes qui en ont la possibilité pourraient ouvrir leurs toitures à des terrasses et des activités d’extérieur. »

Une offre à la mixité renforcée

Un centre commercial doit son succès à un savant cocktail de commerces complémentaires, équilibre assuré par le gestionnaire des lieux. Cette logique se raffermira dans le futur. « Le chiffre d’affaires généré par les enseignes fait l’objet d’un monitoring constant, ce qui permet de savoir quels secteurs fonctionnent bien ou moins bien », pointe Kurth Marissens, à la tête du département shopping centers chez Cushman & Wakefield. « C’est à partir de ces données que nous allons définir la commercialisation des surfaces locatives dans le futur. » On notera toutefois que l’avenir devrait être plus que jamais placé sous le signe des (grandes) chaînes de magasins, réduisant probablement encore un peu plus la présence de petits commerçants indépendants (hors franchisés donc) dans les allées des complexes commerciaux. Songeant à l’avenir, Els Breugelmans plaide toutefois pour « des espaces à loyer modéré dédiés à de petits commerces inspirants voués à la croissance et à de jeunes entrepreneurs démarrant leurs activités ».

Une complémentarité plus musclée avec le digital

« Le débat sur l’e-commerce en confrontation avec les magasins physiques, on ne l’a plus avec les enseignes. L’omnicanalité du commerce est désormais un fait bien établi », assure Kurth Marissens. Cette complémentarité entre off et online va même se renforcer au sein des centres commerciaux. « Pouvoir recevoir et (r)envoyer des colis achetés en ligne, c’est un service qui est en train de se développer dans les centres commerciaux », observe Luc Plasman. Et cela ira crescendo, tout comme l’arrivée dans les grands complexes d’enseignes purement digitales, à la recherche de véritables vitrines physiques de leurs assortiments en ligne.

Plus de place pour la restauration

Comme le souligne Els Breugelmans, « les activités horeca retiennent plus longtemps les consommateurs dans les centres commerciaux. Elles leur permettent même de passer toute la journée sur place s’ils le désirent ». Autant dire qu’à l’avenir, les restos, les snacks et les débits de boissons renforceront leur statut d’atouts solides pour les centres commerciaux. « Avant, l’horeca occupait en moyenne 8 à 10 % de la surface locative. Aujourd’hui, ces services grimpent jusqu’à 15 % », observe Luc Plasman. « Demain, ils pourraient encore renforcer leur présence. » De là à prédire que restaurants et bars resteraient ouverts largement plus tard que les magasins, il y a un pas que les professionnels et experts des centres commerciaux hésitent à franchir, vu les contraintes que cela entraînerait : il s’agirait de solidement cloisonner les activités. C’est toutefois ce qu’a concrétisé le Westland à l’occasion de sa récente rénovation…

Le sport et la culture comme leviers

Déjà présents par touches et par moments, les loisirs actifs, les animations et la culture vont-ils demain se frayer un vrai chemin entre les boutiques ? C’est probable. D’ailleurs, cela existe déjà hors de nos frontières. « En Slovaquie, j’ai vu comment un centre commercial a exploité sa toiture comme piste de course, lieu d’escalade et scène de concerts », illustre Luc Plasman. « Les sports et les loisirs prennent tout doucement leur place dans nos complexes, avec des salles de fitness, des cours de boxe, des terrains de padel ou des escape rooms. Même si leurs revenus sont limités, ces activités contribuent à l’espace de vie que nous souhaitons créer », enchaîne Sam Perneel. Côté culture, Sébastien Vander Steene l’assure, malgré la faillite du cinéma White au Docks à Bruxelles, « d’autres acteurs regardent attentivement comment se positionner sur ce créneau. Avoir un cinéma au cœur d’un centre commercial, c’est un atout d’attraction indéniable ». Même si, comme le signale Sam Perneel, « ce n’est pas le shopping qui va faire vivre la culture, ni la culture qui alimentera de façon structurelle le shopping ». Rentabilité, quand tu nous tiens…
Vers un boom des services, médicaux inclus

Des complexes commerciaux où l’on se rend pour bénéficier de nouveaux services ? La tendance, d’ores et déjà palpable, va se renforcer, croit Dogan Delmoitié, associé chez Cushman & Wakefield. « Certains propriétaires convertissent l’une de leur cellule commerciale stratégiquement placée pour la convertir en centre de services multiples : retrait de commandes, infos touristiques, ventes de cartes cadeaux, etc. » Il s’agit d’améliorer l’expérience client, voire de la hisser à un tout autre niveau, avec l’adjonction de services originaux à l’échelle d’un centre commercial. « Au Westland, par exemple, nous avons déjà un centre médical d’esthétique », illustre Sam Perneel, citant aussi l’implantation de cabinets dentaires ou polycliniques comme activités potentielles. Pourquoi ne pas imaginer d’autres types de soins de santé à l’avenir, dans des centres commerciaux où, par ailleurs, la parapharmacie a pris ses quartiers et s’étend ?

Vers de vrais pôles de vie

Et si, demain, les shoppings se muaient en véritables pôles de vie, en se métamorphosant en véritables mini-villes mêlant commerces, loisirs, bureaux, logements, voire crèches ? L’idée fait son chemin… « Cela pourrait certainement fonctionner pour certains centres commerciaux faciles d’accès, dans un contexte où les différentes fonctions de la ville, autrefois bien séparées par quartiers, ont tendance à se mêler », estime Els Breugelmans. « Lieux de travail, horeca, commerce, habitats… les frontières entre ces différents composants deviennent de plus en plus floues. »

C’est exactement là-dessus que mise le projet Broeklin qui devrait sortir de terre à Machelen à partir de l’année prochaine. « Son originalité repose sur une approche intégrée : travailler, consommer, se divertir et apprendre coexisteront dans un même écosystème », explique Vanessa De Vuyst, directrice marketing de Uplace. « On ne viendra pas uniquement pour faire du shopping mais pour vivre une expérience complète, immersive et évolutive. » Vanessa De Vuyst estime même que, dans les 10 à 20 prochaines années, « les centres qui réussiront seront ceux qui combineront plusieurs fonctions et qui créeront de la valeur au-delà du commerce ». Ambitieux mais probablement indispensable, vu la tournure que prennent bon nombre de politiques d’aménagements du territoire.
La durabilité comme priorité

Toutes les récentes rénovations de centres commerciaux le montrent : la durabilité est un axe majeur pour le présent et le futur de ces complexes énergivores. « Pour les investisseurs potentiels qui rachèteront l’un ou l’autre centre commercial et leurs banquiers qui financent l’opération, la durabilité est un aspect important. Obtenir les certifications écologiques avec de bons scores est nécessaire », insiste Sam Perneel. Traduisez : rendre ces lieux plus écologiques augmentera significativement leur valeur sur le marché immobilier. C’est ainsi que la géothermie, comme au Westland, et les panneaux solaires, au Shopping de Nivelles, devraient conditionner l’air et fournir l’énergie du centre commercial du futur. Et ce n’est pas un hasard si « la durabilité est inscrite dans l’ADN de Broeklin : méthodes de construction circulaires, agriculture urbaine innovante et intégration de nouveaux modèles de production et de consommation », énumère Vanessa De Vuyst. Des arguments auxquels la plupart des très grandes chaînes de magasins, locataires chouchoutées, sont particulièrement sensibles, quand bien même écologie et société d’hyperconsommation ne font guère bon ménage…

Reportage Comment le Woluwe Shopping se réinvente depuis 60 ans pour rester à la mode

Entre animations, diversification de l’offre et quête de convivialité, le Woluwe Shopping, à Bruxelles, redouble d’efforts pour attirer les visiteurs et s’adapter aux nouvelles habitudes de consommation.

La météo a beau être printanière à l’extérieur, les allées du Woluwe Shopping, à Bruxelles, sont noires de monde en ce samedi du mois de mars. Les consommateurs passent de magasins en magasins, s’arrêtent pour se désaltérer ou manger un bout, déambulent dans l’allée centrale où trône une scène éphémère. Quelques passants s’arrêtent devant un petit panneau informatif qui détaille une série d’activités prévue dans le cadre de la « Fashion Week », organisée par le centre commercial. Au programme, défilés de mode (avec les vêtements vendus par les commerçants du shopping), shootings photo ou encore une démonstration de danse.

Soudain, les haut-parleurs entourant la scène se mettent à diffuser de la musique. Une dizaine d’adolescentes, toutes de noir vêtues et provenant d’une école de danse de la région, se lancent dans une chorégraphie bien répétée. Instinctivement, le public se masse tout autour, au point d’entraver le flux de circulation. Un rassemblement similaire à ceux qu’on trouve autour de chanteurs de rue, à la différence près qu’ici, les moyens techniques (lumière et sonorisation) sont conséquents.

Le spectacle semble séduire. Des sourires et applaudissements rythment la fin des chansons. Quelques personnes filment la séquence. Une petite dizaine de minutes plus tard, le show se termine. Chacun reprend le fil de son shopping et la petite assemblée se dilue aussi rapidement qu’elle s’était formée. Si la plupart des spectateurs interrogés ignoraient tout de cette animation, ils jugent l’initiative sympathique et divertissante. Les commerçants voient aussi d’un œil favorable ces animations – quand bien même il est impossible, naturellement, d’estimer ou de chiffrer les retombées sur le chiffre d’affaires. Au-delà de ces considérations financières, l’initiative illustre aussi parfaitement comment le centre commercial cherche à se réinventer pour continuer d’attirer le public. En 2025, le centre commercial a signé une « année formidable » selon les mots de son directeur, Benjamin Frois, avec 10 % de visiteurs supplémentaires et un chiffre d’affaires des retailers en augmentation de 7 %.

Accès, localisation, offre

Inauguré en 1968, le Woluwe Shopping Center est l’un des tout premiers centres commerciaux en Belgique. Un concept qu’on peut définir et résumer comme étant un ensemble de commerces regroupés sous un même toit. Deux promesses sont faites au consommateur : une assurance de trouver tout ce dont il a besoin au même endroit et l’assurance d’accéder à ce lieu très facilement. Ce n’est donc pas innocent de voir le centre commercial se développer exactement en même temps que le boulevard de la Woluwe.

Soixante ans plus tard, le shopping a connu deux phases d’extension et deux rénovations majeures. A l’instar des autres centres commerciaux, le lieu a dû s’adapter, changer, se réinventer pour épouser les nouveaux modes de consommation. Les petits indépendants présents initialement ont été remplacés par des chaînes. Les habitudes de consommation ont changé. Mais les arguments et forces du modèle initial demeurent essentiels : accessibilité, localisation et offre. Depuis le rachat du shopping center, en 2018, par Eurocommercial Properties (société d’investissement spécialisée dans la détention et la gestion de centres commerciaux de premier plan en Europe), la nouvelle équipe a ramené 40 nouvelles enseignes. « Avant, il suffisait de placer des commerces et cela fonctionnait. Maintenant, il y a plus de concurrence, il faut se différencier et être attractif », expose Benjamin Frois. Pour ce faire, le public est sondé une fois par an. Une manière, ensuite, de développer une offre commerciale la plus pertinente possible pour le public visé. Des pop-up stores sont également prévus pour tester des concepts avant la signature d’un bail commercial plus classique.

A écouter Benjamin Frois, l’émergence de l’e-commerce ne serait qu’un changement en plus dans un secteur qui en a déjà connu bien d’autres. Dans les allées du Woluwe Shopping, il est vrai que la crise du commerce semble lointaine vu le faible taux de cellules vides. « Ce qui différencie, c’est le niveau de service, le conseil. Nous avons ici deux agences de voyages et, il y a quelques mois, TUI a déménagé pour occuper un plus grand espace pour prévoir des salons de réception pour le client, lui présenter les voyages… Après le covid, on sent que les gens ont besoin de retourner à des choses plus palpables. »
Emergence d’événements

Au-delà du mix commercial, la nouvelle direction, freinée par la commune dans son projet d’agrandissement (mais l’idée qui comprenait du logement, des bureaux et des commerces n’est pas complètement enterrée) a rénové les lieux pour améliorer sa convivialité. Des puits de lumière ont été percés, des zones de repos aménagées et un « food corner » développé au niveau -1. Une offre horeca qui s’est musclée ces dernières années. A Woluwe, elle a doublé. « En 68, un client venait pour faire ses courses, pour acheter quelque chose de spécifique. Nous, notre objectif, c’est de créer une expérience de journée. L’expérience ne se limite plus au shopping, il faut qu’un centre commercial soit un lieu de vie, de rencontre, de partage », résume Benjamin Frois. « Si vous n’avez pas une offre de restauration adéquate, si vous n’avez pas une offre de services ou de divertissement suffisante, vous réduisez la fréquence des visites des consommateurs ou le temps passé à l’intérieur du shopping. » Aujourd’hui, la durée moyenne de visite sur le site avoisine les deux heures.

C’est dans cette logique qu’il faut comprendre l’émergence de plus en plus assumée d’événements au cœur des galeries. « Vous ne pouvez pas inaugurer de nouvelles enseignes chaque semaine, donc le marketing joue un rôle important pour développer des animations sur mesure en fonction des publics. Notre groupe a 25 centres commerciaux, mais rien n’est standardisé. » A l’instar de n’importe quelle marque, le Woluwe Shopping collecte donc les données de ses clients pour ensuite le cibler et l’activer en fonction des situations.

Ces derniers mois, un nouvel An chinois a été organisé, la Fashion Week est en cours et diverses autres activités sont prévues tout au long de l’année. Des centaines de milliers d’euros sont investis annuellement sur le plan marketing par le shopping et ses commerçants. Avant des offres de loisirs (bowling, trampoline, jeux d’arcades…) demain ? Benjamin Frois ne l’exclut pas. Car si ce type d’offre est très gourmand en espaces, il permet aussi d’allonger le temps de visite. Par ailleurs, le directeur du centre commercial anticipe une digitalisation encore plus avancée demain ou le développement de nouveaux services tel que le « shopping sans les mains », où tous les achats d’un client sont collectés par un opérateur puis livré au domicile pour éviter au consommateur de se trimballer toute la journée les mains chargées. « Je pense que d’une manière générale, la diversification de l’offre va se poursuivre. On le voit encore assez peu en Belgique, mais en Europe il existe des centres commerciaux avec du résidentiel, du bureau, des hôtels. On va vers cela, même si c’est compliqué sur le plan des autorisations et des permis. »

Chapitre 4 Au shopping-loisir des grands centres, les nouvelles galeries Cora répondent par l’efficacité

Les projets de création de nouveaux centres commerciaux sont désormais peu fréquents. La plupart des interventions sur ces ensembles visent plutôt leur extension ou leur rénovation. Dans ce contexte, la recomposition des sept galeries Cora constitue un projet d’envergure.

Bram Thomas, directeur général de Mitiska Reim pour la Belgique, les Pays-Bas et la France, et nouveau propriétaire des galeries, revient sur les enjeux liés à la rénovation et à la redynamisation de ces lieux parfois un peu vieillissants. « Auparavant, l’avantage d’un centre commercial, c’était de proposer un large assortiment en un seul endroit. Cette logique est moins forte aujourd’hui, puisque, avec l’e-commerce, ce même assortiment est accessible 24 heures sur 24, sept jours sur sept. »

Les centres commerciaux doivent donc se réinventer. Bram Thomas distingue deux positionnements possibles : le convenience shopping, axé sur l’efficacité et le gain de temps pour des clients pressés, et le fun shopping, qui privilégie une expérience immersive, événementielle et récréative. « En tant que propriétaire de centres commerciaux, il faut faire un choix. Les centres qui se situent entre ces deux modèles risquent de souffrir. »

Compatible avec l’horeca

D’une taille plus modeste que les grands centres commerciaux du pays, les galeries Cora s’orientent davantage vers ce convenience shopping. La promesse faite au consommateur est simple : facilement accessible, le centre commercial doit permettre aux clients de faire toutes leurs courses en une heure. Une manière de séduire les parents pressés, qui jonglent le week-end entre courses, loisirs des enfants et activités sociales.

Cette orientation n’est pas incompatible avec le développement d’une offre horeca ou de loisirs, également prévue dans le réaménagement des galeries Cora. « Le client aime se faire plaisir mais l’efficacité reste un élément important. La possibilité, sous un même toit, de faire ses courses puis de manger quelque chose en famille compte beaucoup. C’est la même chose pour les loisirs et le divertissement. Cela permet aussi aux enfants de s’amuser pendant que leurs parents font les courses. Là encore, il s’agit d’un gain d’efficacité. Et ces dimensions sont bien plus développées dans les centres commerciaux davantage tournés vers le shopping-loisir », explique Bram Thomas.

Son ambition est de faire des galeries Cora un lieu de vie local pour leur zone de chalandise. Actuellement, une série d’animations y sont organisées le week-end. Une manière de se distinguer de l’e-commerce, d’attirer de nouveaux publics et de proposer d’autres formes d’expérience. Pour rappel, 80 millions d’euros vont être investis par le propriétaire dans la rénovation des sept galeries.

Chapitre 5 Les shopping centers en quelques chiffres marquants

55 complexes

La Belgique compte 55 centres commerciaux d’au moins 5.000 m2 de surface locative brute, avec minimum cinq unités commerciales (principalement des magasins, donc). Ils totalisent 1.290.000 m2 de surface locative. Parmi ces complexes, on dénombre quinze « locomotives », dotées d’une taille critique de plus de 30.000 m2 et d’au moins 100 cellules. Les trois plus gros du pays sont le Wijnegem Shopping Center près d’Anvers (61.000 m2, 250 unités), l’Esplanade à Louvain-la-Neuve (53.500 m2, 130 unités) et le Westland Shopping à Anderlecht (51.500 m2, 135 unités).

95 à 100 % d’occupation

Les centres commerciaux ont le vent en poupe. Dans les plus prisés d’entre eux, dénicher une cellule libre est une gageure et nécessite de s’inscrire sur liste d’attente. Les moins bons élèves présentent une vacance locative d’à peine 5 %, ce qui est très nettement inférieur à la situation de certains centres-villes.

Jusqu’à 12 millions de visiteurs

Les gros complexes urbains (Rive Gauche, Médiacité, Westland, Docks) attirent entre 7 et 8 millions de visiteurs par an, à l’exception notable de City 2 avec 10 à 12 millions de visiteurs annuels (merci la connexion au métro bruxellois). Les centres dits « de destination », en périphérie, accueillent 4 à 6 millions de chalands par année. Deux exemples : le Westland Shopping (Anderlecht) a atteint 6,8 millions de personnes en 2025 et le Shopping Nivelles déclare un score de 3,5 millions de visiteurs par an.

Des milliers d’emplois

Rien que pour animer ses magasins, un centre commercial d’une centaine d’unités emploie environ 500 personnes. Un projet comme Broeklin ambitionne de créer à lui seul 3.000 nouveaux emplois.
Trois grands projets

Seuls trois projets de centres commerciaux d’envergure sont en cours de développement actuellement. Il s’agit de Broeklin développé par Uplace à Machelen et consistant en plus de 150.000 m2 d’espaces mixtes (commerces, loisirs, bureaux). Son inauguration est prévue courant 2028. Sur le plateau du Heysel devrait naître le projet Neo comprenant une vaste partie commerciale. Le lancement des travaux est dans les limbes pour le moment. Enfin, à Namur, Besix planche sur le Côté Verre, un projet immobilier mixte de 44.000 m2, dont 20.000 dédiés à des commerces, de l’horeca et des loisirs.

https://bib.schreuer.org/revue-de-presse-memoire/comment-les-centres-commerciaux-veulent-assurer-leur-prosperite.html
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