Cinquante ans après sa création, l’enseigne de décoration n’a pas réussi à redresser la barre. Après avoir tenté une réorganisation judiciaire, la direction a introduit ce mercredi une demande de mise en faillite auprès du tribunal de l’entreprise de Turnhout. Une décision qui entraîne la fermeture de 63 magasins et la suppression de 544 emplois.
Julie Huon
Casa International et Casa Logistics, les entités regroupant les magasins, le siège et le centre de distribution, ont confirmé leur mise en faillite après plusieurs mois de tentatives infructueuses pour redresser leur situation financière. « Casa International est depuis longtemps à la recherche de revenus et de fonds supplémentaires pour redresser une situation financière difficile. Les efforts intenses déployés pour redresser la barre n’ont pas abouti au résultat escompté », a expliqué la direction dans un communiqué. « Cette annonce plonge 544 travailleurs en Belgique dans l’incertitude et menace également plus de 2.000 emplois à l’international », a dénoncé pour sa part Julien Dejon, permanent syndical à la CNE.
L’enseigne avait tenté un coup de poker à l’automne dernier en introduisant une procédure en réorganisation judiciaire (PRJ), un dispositif permettant de se protéger temporairement des créanciers tout en cherchant des solutions de redressement. Cette protection, obtenue jusqu’au 12 mars 2025, devait donner le temps à Casa de renégocier ses dettes et de restructurer son activité. Mais malgré plusieurs mois de négociations avec les créanciers, aucun accord n’a été trouvé, rendant la faillite inévitable.
Une concurrence impitoyable
Les difficultés de Casa ne datent pas d’hier. Depuis plusieurs années, l’entreprise, qui comptait encore 64 magasins et 415 employés en Belgique, faisait face à de sérieux problèmes de trésorerie. Déjà en 2020, elle avait dû déposer une première demande de PRJ en raison des conséquences de la crise sanitaire. Elle avait alors réussi à survivre en réorganisant son réseau de magasins et en revoyant son actionnariat. Mais les mêmes problèmes sont réapparus, de façon plus critique encore.
Dans sa tentative de redressement, Casa avait réduit son empreinte commerciale en fermant ou cédant 46 magasins dans plusieurs pays. Un certain nombre d’emplois avaient également été supprimés, tant dans les boutiques qu’au siège social. Mais ces mesures n’ont pas suffi à redonner à l’enseigne une viabilité économique.
« Des solutions ont été recherchées jusqu’à la dernière minute, mais malheureusement, tous les efforts et les nombreuses discussions n’ont pas abouti à un résultat positif. En outre, aucun financier externe ou partie stratégique n’a voulu s’engager dans l’une ou l’autre des options proposées », précise encore Casa dans son communiqué.
« Une situation alarmante malgré les efforts des travailleurs », insiste Julien Dejon. « Les salariés, eux, n’ont cessé de faire preuve d’engagement et de flexibilité pour tenter de redresser l’entreprise. Pourtant, malgré les efforts fournis, les stratégies mises en place par la direction – fermetures de magasins, réduction des stocks, campagnes commerciales agressives – n’ont pas suffi à enrayer la spirale négative. »
Une spirale financière
Comme l’expliquait Pierre-Alexandre Billiet, CEO de Gondola, plateforme de la grande distribution et des marques en Belgique, au Soir en octobre dernier : « Ce sont des modèles du siècle passé. Ils ont été très rentables, mais n’ont jamais été performants sur leurs opérations. Tant que les marges entre les achats et les ventes sont importantes, ces modèles inefficients peuvent fonctionner. Sauf qu’aujourd’hui, Casa est dans un cycle de forte compétition, avec des concurrents, comme Action, qui sont excessivement forts en matière de logistique, d’achats et de marketing. »
Le secteur de la décoration à bas prix est en pleine mutation, avec une concurrence féroce menée par des enseignes comme Action, Trafic ou Extra, qui proposent des prix ultra-compétitifs grâce à une logistique et une gestion de stock optimisées. Face à eux, Casa peinait à se réinventer.
Les derniers comptes publiés à la Banque nationale révélaient que malgré un chiffre d’affaires de près de 290 millions d’euros en 2023, Casa affichait une perte de 5,4 millions d’euros (voir Le Soir du 30/10/2024). Un gouffre financier difficile à combler, notamment à cause de l’inflation, qui a alourdi les coûts des matières premières et de l’énergie.
Une réorganisation qui n’a pas suffi
Les changements de stratégie commerciale n’ont pas porté leurs fruits. A l’été 2024, l’enseigne – dont le tout premier magasin avait ouvert à Ottignies en 1975 – avait mené une grande vente de liquidation, réduisant drastiquement ses stocks pour amorcer un renouveau. Son ambition affichée ? Redevenir rentable d’ici 2026. Mais ce plan s’est heurté à une réalité implacable : les consommateurs et consommatrices, confrontés à une baisse de leur pouvoir d’achat, réduisent leurs dépenses en décoration et se tournent vers des offres plus compétitives.
La faillite de Casa s’inscrit dans un contexte économique difficile où de nombreuses sociétés, notamment dans le secteur du commerce et de la construction, peinent à survivre. Blokker, autre acteur historique du secteur de la décoration et de l’équipement de la maison, a lui aussi connu des difficultés similaires ces dernières années, contraint de fermer de nombreux magasins. Plusieurs observateurs estiment que l’entreprise aurait pu éviter le pire avec une restructuration plus agressive et une modernisation plus rapide. « Depuis septembre, une nouvelle baisse du chiffre d’affaires a aggravé la situation », souligne Julien Dejon. « Ce ne sont pas les travailleurs qui sont responsables de cette faillite, mais bien un contexte économique difficile et des décisions stratégiques qui n’ont pas permis d’anticiper et d’éviter ce drame social. »
Ce mercredi, le couperet est tombé. Et si cette faillite marque la fin d’un cycle pour la maison belge, avec la disparition de 544 emplois et 63 magasins, l’avenir des autres filiales du groupe, qui emploie encore 2.230 personnes dans sept autres pays européens, reste très incertain.