La dynamique commerciale des centres-villes wallons a été décryptée dans Jour Première. Jean-Luc Calonger, président de l’Association de management de centre-ville (AMCV), prend l’exemple de la construction du centre commercial Rive Gauche : "Charleroi a été repositionné comme un pôle commercial. Charleroi centre-ville avait pratiquement disparu des radars et en deux ans c’est redevenu un pôle très attractif. Cela dit, c’est évident qu’un mastodonte comme ça, il faut le temps aussi que ça percole et que l’attractivité puisse jouer sur les rues adjacentes".
Charleroi
Selon lui, Rive Gauche à Charleroi peut servir d’exemple pour d’autres villes wallonnes "dans les bons côtés comme dans les mauvais, parce que le centre commercial doit être intégré dans son environnement. C’est vrai qu’il l’est, mais il y a encore beaucoup de choses qui peuvent être améliorées sur Rive gauche : au niveau du sens des escalators, des portes d’entrée qui sont de temps en temps un peu fermées, etc. Un centre commercial dans un centre-ville n’est pas forcément la panacée pour sortir de tous les problèmes".
"Ce qui est curieux c’est que ce ne sont pas des magasins qui rouvrent, mais ce sont les nouveaux commerçants qui arrivent dans les centres urbains. Et donc les commerçants qui ne sont pas digitalisés et qui n’utilisent pas les sites Internet, Instagram, Pinterest, etc., c’est une génération qui disparaît. Et on voit arriver notamment rue de Marcinelle à Charleroi, des jeunes qui ne veulent pas faire d’emprunt bancaire, qui ne veulent pas des baux commerciaux de longue durée. Et ils sont présents et actifs et déjà très solides sur Internet. Ils travaillent avec 20.000, 30.000, 40.000 followers, on a des gens qui travaillent avec plus d’un million de followers. Ils ont une activité commerciale. Ils ont les reins solides. Au départ, ils demandaient des magasins éphémères avec des baux précaires. C’est pour cela que l’AMCV a demandé pour obtenir un bail commercial de courte durée. Une fois qu’ils sont en place, on voit que la plupart décident de créer des magasins physiques" observe-t-il.
Liège
Liège est en tête du classement des centres-villes les plus attractifs : "Liège a une masse critique plus importante que tous les autres centres-villes, il faut le dire. Mais à Liège on a un phénomène assez étonnant, c’est que le centre-ville s’est étendu. On a des rues qui n’étaient plus commerciales, qui avaient été retirées du centre-ville commercial de Liège et qui sont revenues dans le classement. Les deux rues en question, c’est rue de la Casquette et rue Souverain-Pont où effectivement, on profite d’une rénovation urbaine, d’une stratégie urbaine, de l’administration locale, mais également de primes données par la Région wallonne. Et on voit arriver là-bas des acteurs du commerce qui n’existaient pas avant : des artisans, des gens qui étaient déjà présents et qui vendaient autrement. Donc ça donne une autre culture et une autre ambiance" selon Jean-Luc Calonger.
Mons
Ce qui est sûr, selon lui, c’est que la construction d’un grand centre commercial en périphérie appauvrit le centre-ville : "C’est très net. L’AMCV fait les relevés depuis 20 ans. Si vous prenez le cas de Mons, l’arrivée des Grands Prés en 2003 suivie par les Portes de Maisières, les Portes de Ghlin, Jemappes Wilson, etc., au fur et à mesure des implantations, on voit la détérioration du centre-ville avec un décalage. Ça prend toujours un an ou deux avant que les commerces ne ferment. Mais c’est clair, la corrélation est évidente".
Bruxelles
Jean-Luc Calonger ne craint pas que le centre-ville bruxellois soit appauvri par l’arrivée des nouveaux centres commerciaux "parce que la densité urbaine bruxelloise est un beaucoup plus vaste territoire. Et ces nouveaux pôles commerciaux sont hyper mal localisés. Docks est coincé entre une gare de triage (Schaerbeek), le parc du palais royal, le pont Van Praet et un pont de chemin de fer. Ce n’est pas possible d’être plus mal situé et donc c’est un cas d’école de mauvaise localisation. Ce qui fait que l’impact de ce type de pôle sur le tissu existant est beaucoup plus faible. Tout le commerce de périphérie a un impact beaucoup plus diffus à Bruxelles que lorsque un centre commercial ou un retail parc est mis à 1,5 km du centre-ville, à Couvin. C’est un drame".
S’il y a encore des gens qui sont prêts à investir dans les grands centres commerciaux, c’est parce que ce sont des produits financiers. Europa City dans la périphérie de Paris "est un produit financier pur. Il vient s’installer dans un endroit où il n’y a pratiquement pas d’habitants, où il y a déjà 4 ou 5 méga shopping centers dont celui près d’Orly qui ne parvient pas à décoller. Donc, c’est un centre commercial qui était présenté comme le mastodonte qui allait tout emporter. Les gens ne viennent pas. À partir de là, tous ces centres commerciaux ne répondent pas à une demande. C’est simplement un boulot de promoteur : je fais, j’ai des loyers, je vends mes loyers. Et les enseignes parfois peuvent très bien avoir trois ans de gratuité dans le loyer et c’est le promoteur qui intervient pour payer ce loyer et ensuite il vend le produit financier et l’affaire est faite !"