Pour Dominique Boudet, co-commissaire de l’exposition « Zurich, les coopératives réinventent le logement social », cette forme d’habitat, apparue il y a plus d’un siècle, connaît un renouveau important depuis vingt ans.
Propos recueillis par Cécile Peltier
Avec quelque 40 000 logements, les coopératives d’habitat représentent plus d’un quart du parc locatif de la capitale économique helvète et elles ont fortement contribué à son renouvellement urbain. Dominique Boudet, co-commissaire de l’exposition « Zurich, les coopératives réinventent le logement social », jusqu’au 19 janvier 2020 à la Cité de l’architecture et du patrimoine à Paris, revient sur un siècle d’histoire.
Comment sont nées ces coopératives zurichoises ?
La naissance des coopératives d’habitat, à Zurich, est directement liée à l’expansion de l’industrie, à la fin du XIXe siècle. Pour les ouvriers, c’est une manière d’échapper à l’entassement et à la précarité des logements.
La formule, qui permet de se regrouper pour acheter un terrain, puis de construire un bâtiment et l’habiter ensemble, est un moyen de se loger de manière sûre, économique et démocratique, près de l’usine. En échange de l’achat de parts sociales dans la coopérative, les habitants en deviennent collectivement propriétaires et assurent sa gestion. Les loyers qu’ils versent servent à rembourser les emprunts à long terme et à entretenir le patrimoine.
À partir de 1907, la municipalité décide de soutenir ces coopératives en leur cédant des terrains à des conditions très économiques. Elles vont connaître deux grandes vagues de développement : dans l’entre-deux-guerres, puis dans les années 1950, jusqu’à représenter 25 % du parc locatif zurichois. A la fin des années 1990, des jeunes militants, en réaction à la crise industrielle, se tournent vers la coopérative d’habitat pour construire sur les friches de nouvelles manières de vivre ensemble.
Où en est-on aujourd’hui du développement de ces coopératives ?
La trentaine d’exemples de coopératives présentées dans le cadre de l’exposition est le produit de ce renouveau. Kraftwerk 1, sorti de terre en 2001, en est l’acte fondateur.
Ce projet pose les grands principes de la coopérative moderne : mixité des usages, avec des logements mais aussi des commerces, des bureaux, une crèche ; mixité sociale et culturelle, et respect de l’environnement. Des projets comme Kalkbreite en sont les héritiers.
Ce mouvement va bientôt gagner les coopératives existantes. Elles vont mettre à profit cette nouvelle demande sociale et leur immense patrimoine foncier pour renouveler un parc vieillissant. A la clé : quelques requalifications et beaucoup d’opérations de démolitions-reconstructions, qui ont fortement contribué au renouvellement urbain, à la périphérie de la ville.
Dans quelle mesure la coopérative peut-elle favoriser une ville plus durable et plus inclusive ?
Avec des loyers de 25 % à 30 % inférieurs à ceux du parc privé, la coopérative permet de garder en ville une classe moyenne – et notamment des familles – exclue du logement social et trop modeste pour l’accession. Un moyen de lutter contre la gentrification et l’étalement urbain. Dans certains cas, la municipalité achète d’ailleurs des parts sociales de la coopérative, afin de pouvoir loger des populations fragiles (chômeurs, immigrés, personnes en situation de handicap, etc.).
Conçus avec la participation des habitants, ces projets intègrent souvent de grandes colocations et de nombreux espaces partagés, et favorisent mixité et entraide. L’obligation de réinvestir le produit des loyers dans l’entretien du bâti ou la densification devient un rempart contre la spéculation et un outil d’aménagement au service d’une ville plus inclusive et plus durable.
La municipalité zurichoise vient d’ailleurs de s’engager à ce que les logements coopératifs représentent un tiers du parc locatif en 2050, contre environ 28 % aujourd’hui.
Cet article fait partie d’un dossier réalisé dans le cadre d’un partenariat avec l’Etablissement public foncier d’Ile-de-France (Epfif).