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15 juillet 2026
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Reportage

À Mérignac Soleil, les logements poussent au cœur de la zone commerciale

A l’ouest de Bordeaux, avec ses promesses de quelque 3 000 logements et 70 000 mètres carrés d’activité, cette zone est citée en exemple de la rénovation des entrées de ville que rendent urgente les enjeux climatiques et une crise du logement sans précédent.

Emeline Cazi (Mérignac [Gironde], envoyée spéciale)

Au jeu des sept différences qui distingueraient Mérignac Soleil, à l’ouest de Bordeaux, de toutes les zones commerciales qui servent de porte d’entrée à la plupart des villes en France, le belvédère du Canopée Café pourrait figurer sur la liste. La terrasse de ce restaurant bistronomique posé sur un magasin de sport et une salle de fitness n’a rien, officiellement, d’un belvédère. Mais, dans ces univers où règne l’horizontalité, arriver à prendre de la hauteur en grimpant les deux étages extérieurs qui mènent au restaurant est suffisamment rare pour être noté.

De la terrasse, la vue offre un aperçu des environs et, surtout, une première lecture de ce qui se trame ici, depuis une bonne dizaine d’années, au cœur de ces 69 hectares que les décennies passées ont exclusivement dévolus au commerce. Plein sud, de l’autre côté de l’avenue de la Somme, l’hypermarché Carrefour, qui s’est installé, en 1969, au milieu de terres agricoles, avec 1 500 places de stationnement et une station-service. La galerie marchande a suivi, en 1987, puis les parkings sur trois niveaux, il y a une dizaine d’années.

En regardant à 10 heures, au-delà du Feu vert et des nappes de bitume désertes, tout près du McDonald’s, se dresse un imposant cube blanc, voisin d’un autre, béton lisse en façade. Des appartements à tous les étages, avec terrasses ou généreux balcons. Au rez-de-chaussée, des coques commerciales. « Avant, il y avait le Castorama », explique Aurélie Héraut, en cette journée ensoleillée de début septembre 2025. Elle est directrice de projet à La Fab (pour « La Fabrique »), l’un des outils d’aménagement de Bordeaux Métropole, qui regroupe 28 communes. A ses côtés, Franck Descoubes, le directeur de l’aménagement de l’agglomération. Pendant treize ans, il a dirigé le cabinet des maires (PS) de Mérignac (Gironde), Michel Sainte-Marie puis Alain Anziani. Cette zone et les coulisses de sa profonde transformation en cours, il les connaît, lui aussi, par cœur.

Quartiers de vie

Les périphéries des villes sont longtemps restées le degré zéro de la pensée urbaine. Ces horizons de hangars bardés d’enseignes plus tapageuses les unes que les autres, avec ces « mois de la literie » qui durent toute l’année et ces « déstockages massifs » permanents, ont proliféré sans que personne, ou presque, y trouve à redire. Jusqu’à ce qu’une prise de conscience plus appuyée des enjeux climatiques, doublée d’une crise du logement sans précédent, oblige à regarder autrement ce foncier sous-utilisé, imperméabilisé à outrance, gigantesque îlot de chaleur.

En 2023, la nécessité de créer des quartiers de vie au cœur de la France commerciale revient avec force dans le débat public. Pas moins de trois ministres (transition écologique, commerce, logement) se penchent sur le sujet, 32 millions d’euros sont débloqués – majoritairement pour financer des études – et 89 projets sont accompagnés. Le programme « Action cœur de ville 2 » fait de ces périphéries l’une de ses priorités. Colloques et tables rondes se multiplient.
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Chaque fois, Mérignac Soleil, ses quelque 3 000 logements et 70 000 mètres carrés d’activité annoncés, est cité en exemple. Bordeaux Métropole lançait en juillet 2025 une consultation sur la mutation des « portes métropolitaines », telles que sont nommées six autres entrées de ville de l’agglomération. Les lauréats ont été révélés le 9 décembre 2025 (les équipes de 51N4E, Studio Paola Vigano et Germe & JAM). Là encore, l’expérience de Mérignac avait servi de déclencheur.

Car, là, dans la deuxième plus grande ville de Gironde (77 000 habitants), sur la route du cap Ferret, à deux pas de l’aéroport et du lieu où le premier club Macumba (en version 100 % boîte de nuit), a vu le jour, en 1973, on aurait réussi à dépasser l’« Himalaya de complexité » sur lequel butent encore et toujours de nombreux élus, pour reprendre l’expression d’un préfet qui s’était penché sur le sujet. On arriverait à passer d’une zone monofonctionnelle à un « quartier mixte », comme disent les urbanistes. Forcément, tout n’est pas si simple. Mais le mouvement enclenché est suffisamment visible pour que des leçons puissent en être tirées, et servent à d’autres, la mutation de ces espaces restant d’une actualité brûlante.

Quasi collée au Canopée Café, en se tournant vers l’ouest, la « friche Alinéa ». L’enseigne de décoration est partie, le Saint-Maclou (parquets, moquettes), pas encore. L’avenue de la Somme s’enroule sur un rond-point, le Darty de l’autre côté, et là, sur la droite, l’« îlot Fiat », du nom du concessionnaire de véhicules italiens qui, durant des années, a exposé ses voitures le long d’un des axes les plus fréquentés des environs. Même histoire que pour le Castorama : 290 logements (la moitié sociaux, un gros tiers en accession libre), sur un restaurant japonais et une salle de sport, ont remplacé le magasin et ses parkings.

« Regardez ! » Un homme, à pied, s’avance dans l’allée plantée entre le Darty et la résidence. « Cette scène, avant, jamais vous ne l’auriez imaginée. Il fallait comprendre que ça allait devenir un quartier urbain », insiste Franck Descoubes, lui qui a connu l’avenue de la Somme à quatre voies, un autopont à la place du rond-point, le Planète Saturn, enseigne « multimédia, GSM, LCD, plasma, TV hi-fi », avant le Canopée Café. Une photo en ligne datée de 2011 montre l’atelier consacré à l’installation des autoradios, la rampe en béton promettant 400 places de stationnement de plus en toiture. Le tram n’était pas encore arrivé ; les pistes cyclables, encore moins. Une autre époque.

Longueur d’avance

Cette longueur d’avance prise ici sur les autres trouve sa genèse au début des années 2010. Alain Juppé est maire (UMP) de la ville ; Vincent Feltesse, président (PS) de l’agglomération. Bordeaux ne cesse de croître mais s’étale. Beaucoup trop. En 2010, la communauté urbaine, en quête d’idées, lance l’appel à projets pour « 50 000 logements nouveaux autour des axes de transports publics » : comment construire, pour tous les budgets, à proximité du tram, des gares, afin d’éviter que les habitants s’éloignent toujours plus et se retrouvent piégés dans d’interminables trajets.

Mérignac Soleil est l’un des sites pilotes. OMA, l’agence de l’architecte néerlandais Rem Koolhaas, et celle du paysagiste Michel Desvigne sont chargées du plan-guide. La Fabrique, la société publique locale, créée en 2012 pour le programme de 50 000 logements, conduit l’opération. Avec un rôle-clé : négocier les déménagements et relocalisations des magasins qui permettront d’introduire habitat, arbres et piétons, là où il n’y avait que hangars, bitume et voitures. Le tout, sans interrompre l’activité. Un défi sans nom.

Car il y a les principes et la réalité. Ces espaces sont une mosaïque de propriétaires (parfois plus d’une centaine), aux profils variés – de grandes foncières comme des indépendants –, qui, pendant longtemps, n’ont eu aucun intérêt à bouger. Les consommateurs affluaient (10 millions de passages annuels à Mérignac Soleil), l’argent rentrait. Le boom du commerce en ligne les a obligés à regarder l’avenir différemment. Mais, dans le modèle bordelais, où la puissance publique ne rachète les terrains qu’à de rares exceptions, tout repose sur le pouvoir de conviction.

Comme dans ces casse-tête où l’on reconstitue l’image en déplaçant une case, puis une autre, dans l’espace laissé vide, il fallait une parcelle disponible pour démarrer : 160 premiers logements ont été construits sur un terrain que Carrefour gardait en réserve. Mais le véritable appel d’air a été donné avec les départs de Fiat et de Castorama, à la fin des années 2010. Le magasin de bricolage a ouvert plus vaste, plus moderne, contre la rocade. Ces hectares libérés, les immeubles ont commencé à pousser, tous sur ce même principe : commerces au rez-de-chaussée, logements au-dessus, parkings mutualisés, et des arbres autant que possible.

Le futur à trente ans

La suite prévue est une série d’opérations à tiroirs. La « friche Alinéa », celle qui est collée au Canopée Café, est la prochaine sur la liste, avec un permis en cours d’instruction. Un expert de l’électroménager, actuellement de l’autre côté du rond-point, devrait y être rapatrié. Des habitants vivront au-dessus. Même destin pour le Saint-Maclou, qui en profite pour réduire sa surface. L’essor de l’e-commerce a ses traductions physiques. Il y a dix ans, les enseignes déménageaient pour s’agrandir ; aujourd’hui, les magasins sont conçus comme des showrooms. Sont attendus sur cet îlot 282 logements, dont 35 % sociaux, et le reste en accession (20 % en bail réel solidaire). Nhood, l’opérateur du groupe Auchan, et le promoteur Bouygues Immobilier sont à la manœuvre.

L’opération d’aménagement, juridiquement créée en 2018 pour quinze ans, puise ses recettes en partie dans une taxe majorée, mais aussi dans des contributions de la métropole et de la ville, lesquelles doivent aussi financer les équipements (école, crèche, gymnase). Au conseil municipal d’octobre 2025, l’opposition dénonçait des dépenses excessives. Le nouveau maire (PS), Thierry Trijoulet, ancien adjoint à l’urbanisme d’Alain Anziani, disparu pendant l’été, défend la création d’un nouveau quartier, et une réponse à des besoins locaux. La Gironde gagne 20 000 habitants par an, dont la moitié sur l’agglomération. Le montant d’une opération de cette dimension ? « Si on compte l’investissement global, celui des promoteurs et des bailleurs, à terme, on s’approchera du milliard [d’euros] », estime Franck Descoubes.

C’est globalement avec les mêmes enseignes de distribution, et sur la base de principes similaires, que Bordeaux Métropole engage le travail sur les autres entrées de ville de l’agglomération. La mutation a déjà débuté dans la plupart des cas. A la Jallère, au nord, des habitants remplacent des bureaux vides ; à Bordeaux Lac, là où se trouve Ikea, le stade, le Parc des expositions, une dizaine de projets sont achevés ou en cours. Il s’agit d’organiser tout cela, d’encadrer, de ne pas subir. D’ici à l’été 2026, les trois équipes d’urbanistes, d’architectes et de paysagistes retenues doivent définir, ensemble, le futur de ces territoires à vingt ou trente ans. Puis chacun déclinera cette vision sur son secteur. Avec une attention particulière, précise la commande, à apporter aux habitants de ces quartiers en chantier, ou à ceux qui s’apprêtent à s’y installer.

https://bib.schreuer.org/revue-de-presse-memoire/a-merignac-soleil-les-logements-poussent-au-coeur-de-la-zone-commerciale.html
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